Un jeune de 20 ans handicapé des deux pieds: Sa pension d’invalidité supprimée

You can also highlight the text to listen to it.

En situation de handicap depuis l’âge de 3 ans, Muhammad Fazil Edoo, 20 ans, vit un cauchemar depuis que le Medical Board de la Sécurité Sociale a fait supprimer sa pension d’invalidité.




Muhammad Fazil Edoo

Muhammad Fazil, atteint de poliomyélite depuis l’âge de 3 ans, a les mains difformes et est paralysé des deux pieds. Il se déplace avec beaucoup de difficulté et passe le plus clair de son temps assis à regarder la télévision dans sa chambre.

Quand il se rend à la mosquée du coin, il se sert d'une béquille et doit quitter la maison une demi-heure avant l’appel à la prière. La mère de Muhammad Fazil, Ikrana Edoo, veuve, nous explique que son fils touchait une pension de Rs 5 200 depuis l’âge de 3 ans. Cet argent servait à payer ses médicaments et ses frais de déplacement à l’hôpital par taxi.

Toutefois, au mois de juillet 2017, quand Muhammad Fazil s’est présenté devant un board médical, les deux médecins qui l’ont interrogé ne lui ont rien trouvé d’anormal. Ikrana raconte:

Docteur la dire mwa pas kozer, laisse li kozer. Kan mo garçon essaye expliquer, zot dire li reste tranquille.

Loading...

Selon elle, les deux médecins n’ont pas trouvé utile de faire marcher Muhammad Fazil pour l’observer. Ainsi, il y a deux semaines, il reçoit une lettre pour l’informer  que sa pension d’invalidité a été supprimée . On peut notamment lire dans la lettre qui porte la signature du Commissaire de la Sécurité Sociale:

I regret to inform you that your claim for Basic Invalid’s pension has been discontinued because the Medical Board has found your degree of disablement less than 60 percent.

Quand Muhammad Fazil prend connaissance de la teneur de la lettre, il est scandalisé et doit s’assoir pour se remettre de ses émotions. Sa mère est également bouleversée et n’arrive pas à comprendre les raisons pour lesquelles les médecins n’ont pas recommandé le renouvellement de sa pension, malgré le fait que son médecin traitant à l’hôpital a indiqué qu’il souffre d’une maladie invalidante. Elle nous explique:

Mo ene veuve, mo gagne pension veuve. Mo ti p servi so pension pou paye taxi pou amen li l’hôpital souvent et pou acheter so médecine.

Elle pleure sur le sort de son fils qui reste confiné à la maison toute la journée. Au mois de mars 2017, Muhammad Fazil a essayé de trouver du travail dans une usine pour aider sa maman à joindre les deux bouts. Comble de malchance, le premier jour même, alors qu’il venait de sortir de chez lui, un autobus individuel l’a heurté et l’a projeté sur le trottoir. Muhammad Fazil a du subir une intervention chirurgicale et une tige de métal a été insérée dans son tibia pour tenir droit son pied déjà handicapé. Il a passé 28 jours à l’hôpital.

Muhammad Fazil a connu une enfance triste. Sa mère se rappelle que quand il allait à l’école primaire, elle devait le prendre dans ses bras. Muhammad Fazil restait en classe durant la récréation et sa mère l’emmenait aux toilettes pour changer ses couches. Elle raconte:

Mo ti p prend li dans mo lébras pou amen li l'école ek tanto mo réprend li mo rétourner.

Muhammad Fazil tombait malade souvent et il ne pouvait se déplacer qu’en rampant sur ses deux mains. Ikrana ajoute:

Li ti p marche quatre pattes et li ti p blesser tou lé zour.

Pour pouvoir tenir sur des béquilles Muhammad Fazil a dû subir plus de 50 opérations chirurgicales. Un médecin étranger avait promis à Muhammad Fazil qu’il ferait un miracle mais il devait accepter de souffrir. Ikrana explique:

Li finn endormi avec chloroforme 50 fois ek ca finn affecter so cerveau.

Muhammad Fazil passe souvent par des moments pénibles. Le jeune homme est en proie à de fortes douleurs et même les médicaments ne peuvent atténuer sa souffrance. Il passe des nuits blanches à pleurer sur son sort.

Muhammad Fazil envie les jeunes de son âge qui mènent une vie normale et qui ont un travail pour faire vivre leurs familles. Cependant, malgré sa situation, il trouve le courage de surmonter sa peine et fait confiance au Créateur pour le sortir de ce mauvais pas:

Allah ki finn oulé mo vive handicapé entier mo la vie. Mo bizin accepter li kouma ene vrai croyant.

Muhammad Fazil pleure en silence pour ne pas décourager sa maman. Cette dernière souffre de multiples maladies et depuis la mort de son époux en 2011, elle doit se battre pour garder la tête hors de l’eau. Pour faire bouillir la marmite, elle vend des vêtements qu’elle prend chez un particulier. Mais sa santé précaire l’empêche de marcher sur de longues distances.

Ikrana Edoo n’abandonne pas et a fait appel contre la décision du commissaire de la Sécurité Sociale. Elle souhaite que le ministre de la Sécurité Sociale, Etienne Sinatambou, se penche sur le dossier de son fils pour montrer qu’il est un homme de coeur.

Entre-temps, si vous voulez venir en aide à cette famille, vous pouvez faire un don ci-dessous: