Suisse: Escroquée de Rs 18 millions par une Mauricienne pour sauver son fils mourant

Deux femmes, dont une ressortissante mauricienne, ont été condamnées par le tribunal correctionnel de la Côte à Nyon, en Suisse.




Le Tribunal correctionnel de la Côte à Nyon a condamné mardi deux femmes pour une odieuse arnaque à l'encontre d'une femme en détresse.

Les deux femmes, âgées toutes deux d’une cinquantaine d’années, étaient poursuivies pour avoir arnaqué une femme dont le fils était gravement malade. Et malgré le décès de l’enfant, les deux quinquagénaires ont continué à extorquer de l'argent à leur victime. Montant de l’arnaque: près de 500 000 francs suisse, soit Rs 18 millions.

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Près d’un demi-million de francs encaissés pour les prestations magiques d’un «Monsieur Africain» censé posséder des dons de guérisseur, mais qui n’a jamais existé. L’arnaque prêterait à sourire si elle ne s’était déroulée dans des conditions particulièrement odieuses.

La combine a été montée par deux femmes qui ont profité pendant plusieurs années de la détresse d’une mère désespérée par la maladie puis le décès de son fils. Après plusieurs années d’enquête, elles ont fini par tout avouer. Elles ont toutes deux été condamnées mardi à Nyon pour escroquerie par métier, extorsion et chantage ainsi que blanchiment d’argent. L’histoire dépasse en ignominie à peu près tout ce qu’on peut entendre dans le genre.

Cela commence en 2006. Nadia*, la cinquantaine, Française à permis C, actuellement au RI, est infirmière. Elle est engagée par la future victime pour diriger une équipe de soins chargée de la prise en charge dans sa famille d’un jeune homme souffrant d’une grave maladie psychiatrique. La soignante ne tarde pas à constater que la mère du garçon fait montre d’une profonde croyance dans la religion et la spiritualité. Un peu comme elle-même. Les deux femmes sont sur la même longueur d’onde. Nadia en parle à une amie vivant à Paris, Julie*, la cinquantaine aussi, ressortissante mauricienne, assistante en soins infirmiers.

C’est sa copine, pour sa part pas spécialement portée sur la magie, qui a l’idée. Ensemble, elles proposent à la mère du jeune homme l’intervention d’un «Monsieur africain» qui a des pouvoirs de guérisseur par des rituels, des prières, des dons ou des sacrifices de moutons. Elles lui indiquent comment procéder. Par exemple le nombre de prières à réciter pour que son fils puisse en bénéficier. La maman accepte. Elle envoie une photographie de son garçon à l’adresse indiquée à Paris. Et elle commence à payer.

Arriérés de paiement

Quelques mois plus tard, l’état de santé du garçon se dégrade. Il ne peut plus être soigné à la maison. Nadia et Julie continuent de formuler leurs promesses. Elles réclament des arriérés de paiement pour des prestations soi-disant effectuées par le guérisseur en France. Le pire est à venir.

En 2012, le jeune homme décède. Nadia et Julie ne désarment pas. Elles passent au contraire à la vitesse supérieure. Des messages téléphoniques enregistrés en témoignent. «Je vous appelle au sujet de vos dettes que vous devez envers le Monsieur et envers Dieu», lancent-elles à la mère en détresse. Puis c’est carrément du chantage, lorsqu’elles lui laissent entendre que ce qui est arrivé à son fils pourrait bien se reproduire pour d’autres personnes qui lui sont chères («Vous avez pris la responsabilité avec le premier, donc on va voir pour le deuxième, alors à bientôt»). La maman finit par déposer une plainte pénale.

L’argent parti en Angleterre

Face au tribunal, Nadia et Julie font profil très bas. Elles ont toutes deux passé plusieurs mois en prison préventive. Seule Julie est encore détenue depuis son extradition de France. Les deux présentent et réitèrent des excuses sur tous les tons, mais la grosse voix du président ne parvient pas à leur faire livrer le fond de leur pensée et leur motivation. Elles admettent toutefois clairement que le guérisseur n’existait pas. «Il est très difficile pour moi d’assister à ces déclarations», se désole la maman. «Entendre que le prieur n’existait pas me bouleverse. J’en suis encore incrédule.» Ce qui est bien réel en revanche, ce sont les sommes soutirées. Il y en a pour près de 500 000 francs. Où sont-ils passés ?

Entendre que le prieur n’existait pas me bouleverse. J’en suis encore incrédule.

Tout semble indiquer qu’elles n’en ont pas profité elles-mêmes, ou alors dans une infime mesure. L’infirmière, qui collectait les paiements, explique que d’entente avec Julie elle transférait les sous en Angleterre par virements oscillant entre 10 000 et 30 000 francs (Rs 350 000 et Rs 1 million), sur le compte de la sœur de sa copine. Cette dernière et son mari l’ont utilisé pour se construire une maison, à Epsom. Ce couple n’a pas daigné traverser la Manche pour assister au procès comme on l’y avait invité, et une zone d’ombre subsiste sur les relations entre ces personnages.

Contre Nadia, le procureur Sébastien Fetter a requis 2 ans de prison avec sursis, considérant que les psys lui reconnaissent une légère diminution de responsabilité: «Elle a profité de sa position d’infirmière pour exploiter la détresse de cette mère et a persévéré près de deux ans après le décès du jeune homme en lui adressant des messages à glacer le sang.» Le magistrat a demandé en revanche 3 ans dont 12 mois ferme contre Julie pour son «comportement scandaleux et odieux». La Cour, qui s’est déclarée «effarée», a suivi en tout point le ministère public, ajoutant pour Nadia une interdiction de pratiquer le métier d’infirmière pendant 5 ans.

Le couple qui a construit sa maison en Angleterre avec cet argent n’est pas pour autant à l’abri. Le tribunal a ordonné la confiscation de cet immeuble, considérant que ses propriétaires ne pouvaient ignorer la provenance des fonds reçus. Il faudra pour cela bénéficier de la collaboration des autorités judiciaires britanniques, ce qui n’est pas gagné d’avance.

* prénoms modifiés




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