Salaires astronomiques: Gérard Sanspeur s’explique devant les médias africains !

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Gérard Sanspeur a choisi Afrique Inside, une plate-forme d’information africaine, pour s’expliquer sur les polémiques récentes liées à la divulgation de ses salaires et honoraires par le ministre de l’Économie et des Finances au Parlement, soit Rs 476 500 par mois.




Gérard Sanspeur

« Un peu plus de 13 000 euros pour les postes de conseiller principal du Premier ministre, de président du Board of Investment (BoI), du Landscope, et de la Financial Services Promotion Agency (FSPA) », rappelle Afrique Inside dans cette interview parue le 2 mai 2017 et signée H. Seepaul. Ajoutant: « Un salaire loin d’être choquant au regard de standards internationaux, du CV prestigieux et de la solide expérience africaine de M. Sanspeur. »

Mo Ti News donne in extenso la première partie de l’interview qui concerne directement la polémique, ainsi que la partie finale se rapportant au dossier Metro Express ; la partie médiane portant plus spécifiquement sur les problématiques africaines est disponible sur le site de notre confrère.

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Quelle lecture faites-vous de la manière dont les journalistes ont traité cette information (Ndlr, la révélation de ses salaires) ?

A Maurice comme ailleurs, la presse joue sur le goût du public pour le sensationnel. Il était certes dans les prérogatives des journalistes de publier mon salaire après qu’il eut été dévoilé au Parlement. Par contre, dans un souci de professionnalisme, ils auraient pu éclairer le lecteur en analysant en même temps les faits de manière objective et contextualisée. Pour être tout à fait honnête seulement une infime minorité est allée dans ce sens. Il est important aussi de faire ressortir que les salaires de ceux dont la profession gravite autour du monde des affaires (banquier, comptable, économiste) peuvent effectivement choquer la majorité des gens. Cependant aussi cynique que cela puisse paraître, les rémunérations sont plus élevées dans ce secteur que d’autres parce que c’est là que les profits sont générés et permettent à l’économie de croître.

Cependant et il est important de le faire ressortir – c’est aussi un secteur où vous êtes sur un siège éjectable – le couperet tombe vite face à l’improductivité et l’incompétence. Les employeurs ne sont disposés à payer que quand les résultats sont là, ce qui demande énormément d’investissement de la part de l’employé. Les salaires supérieurs  à Rs 500 000 représentent donc la récompense pour le sacrifice, le travail acharné, l’expérience et l’acquisition continuelle des compétences pointues. D’ailleurs, si nous voulons que l’île Maurice devienne un pays à revenus élevés, il est essentiel d’attirer les meilleures compétences possibles à travers des salaires alléchants. Une rémunération insuffisante pourrait au contraire coûter davantage en vous faisant perdre vos meilleurs employés. Les patrons évoluant dans des secteurs où certains talents sont rares notamment dans le secteur informatique en sont parfaitement conscients – pour lutter contre le débauchage, ils doivent offrir des salaires et des conditions de travail de plus en plus attractifs. Ce n’est que comme cela qu’ils peuvent rester dans la course.

Vos détracteurs insinuent que vous êtes payé de l’argent public… trop grassement d’ailleurs. Les contribuables en ont-ils pour leur argent ?

Je suis avant tout un professionnel soucieux de répondre aux attentes de mon employeur, parfaitement conscient que je dois prouver que je mérite mon salaire. La raison pour laquelle j’ai accepté la proposition de ce gouvernement est que je pense sincèrement que j’ai les compétences nécessaires pour mener à bien ma mission. Lors de mon passage à la Banque mondiale, j’ai toujours gardé en tête que l’avenir de nombreux Africains était en partie entre mes mains. Maintenant qu’il s’agit du sort de mes compatriotes, c’est une évidence pour moi que je ne dois rien laisser au hasard. Croyez-vous que j’aurais pu trouver le sommeil le soir avec des projets engrangeant des milliards, si je n’étais pas convaincu de pouvoir mener à bon port le travail pour lequel je suis payé ?

C’est aussi justement parce que je sais qu’il s’agit de fonds publics que mon équipe et moi avons pu tout mettre en œuvre pour réaliser une économie de 16 millions par an grâce à la fusion de six entités, devenus Landscope. Permettez-moi de clore ce chapitre en insistant toutefois sur ceci : le fait que mon salaire provienne de fonds publics est pour moi une motivation supplémentaire – je n’ai pas le droit d’échouer. De plus je sais qu’on m’attend au tournant.

Certains professionnels tout en reconnaissant votre intégrité et votre professionnalisme semblent remettre en question vos aptitudes à cumuler autant de responsabilités ? Qu’avez-vous à y redire ?

Je pense qu’il y a une mauvaise interprétation de mes attributions et de mes responsabilités et il est important d’apporter quelques précisions.  Je suis conseiller principal du ministère des Finances et du Développement économique à plein temps depuis janvier 2017. Avant cela, je travaillais à temps partiel. Je suis également président du Board of Investment (BoI) depuis mars 2015, de Landscope Mauritius depuis juin 2016, y compris ses filiales. Par ailleurs, je préside la Financial Services Promotion Agency (FSPA) depuis février 2017. Je n’ai jamais demandé à être président de ces organisations. Je crois que je suis là parce que, peut-être, le gouvernement reconnaît que je suis compétent pour diriger ces organisations afin d’atteindre les objectifs fixés.

De plus, si je préside plusieurs comités, c’est parce que toutes ces entités ont un lien entre elles. J’agis de ce fait un peu comme une passerelle. Grâce à cela, on arrive à réduire les dépenses de fonctionnement, à accroître la productivité et éviter les charges administratives. Pour savoir si je peux faire face à la charge de travail, je vous invite à voir comment fonctionnent les présidents des grands conglomérats. Ils sont exactement dans la même situation. Vous les trouverez dans plusieurs conseils d’administration et sous-comités des holdings ainsi que des filiales, et parfois aussi dans des postes de Chief Executive Officer (CEO). Comment peuvent-ils gérer cela ?

Je ne détiens aucun poste de direction au BoI, à la FSPA ou chez Landscope Mauritius. En tant que président des conseils d’administration et, de concert avec mes collègues administrateurs, nous fixons les stratégies et les objectifs des organisations. Nous ne sommes pas impliqués dans la gestion de ces organisations, ni dans la conduite de leurs activités quotidiennes. Mais notre rôle est de surveiller la performance de ces organisations. Notre responsabilité est également de préconiser des changements de politique au gouvernement. Cependant, vous devez obtenir le soutien et l’engagement de la direction et je dois avouer que je suis fier de l’avoir obtenu.

Malgré la bonne réputation dont jouit le pays à l’international, on sent un certain regard négatif par rapport à l’action des pouvoirs publics. A quoi attribuez-vous cela ?

En effet, Maurice a une très bonne réputation à l’échelle internationale, qu’il s’agisse de sa stabilité, de son développement économique ou de sa résilience face aux conditions défavorables. Les faits ne peuvent être niés : la croissance annuelle du PIB (produit intérieur brut) augmente, l’IDE (investissement direct étranger) a augmenté, le chômage diminue, le tourisme augmente. Tout cela n’est pas le résultat de simples coïncidences. Ce sont les résultats des stratégies adoptées par le pays.

Cependant, nous devons également considérer que l’économie mondiale est de plus en plus dynamique, et nous ne pouvons pas nous permettre d’être complaisants. L’île Maurice doit réagir de manière proactive aux conditions économiques changeantes. Ainsi avec le Brexit, nous ne pouvons nous permettre de faire dans l’approximation. Nous devons être constamment sur la brèche. Pour être passés par des crises successives – alimentaires, financières, le chômage, les populations vivent avec un certain sentiment d’insécurité, voyant surtout le côté négatif des choses. Partout dans le monde d’ailleurs, la crise de confiance frappe le monde politique. L’élection de Trump aux États-Unis en est un exemple flagrant. Les partis politiques traditionnels en Europe aussi vacillent.

Cela n’est-il pas lié à l’inquiétude de ces populations, qui ne croient plus en la capacité de leurs politiques de trouver une solution à l’instabilité inhérente dans la sphère économique ?

Cependant, il ne faut pas succomber aux sirènes du défaitisme – nous y perdrions notre résilience sans même nous en rendre compte. Cependant, par rapport à cette négativité ambiante qui fait l’impasse sur le bon côté de notre économie, qu’une certaine presse ne joue pas le jeu. Tous les efforts de ce gouvernement, même les plus audacieux sont soumis à des critiques irrationnelles. Je profite cependant ici pour saluer le travail de certains journalistes qui savent respecter à la fois l’événement et le public.

Contrairement à d’autres qui sévissent dans notre presse dite indépendante depuis plus de trois décennies et qui se caractérisent par une malhonnêteté intellectuelle effarante – directeurs de conscience, ils représentent souvent une véritable insulte à l’intelligence, travestissant les faits au gré du changement de cap de leur « patron ». Tout en jouant leur rôle de chien de garde et de contre-pouvoir, il serait souhaitable pour le bien du pays que nos médias soient notre allié dans la lutte pour la transformation économique et sociale de notre pays.

(…)

Parmi les grands projets qui font grand bruit sur l’île et qui suscitent l’intérêt des investisseurs internationaux et aussi des craintes parmi les habitants, le Métro Express, quels en sont les enjeux ?

Il est regrettable de voir qu’un projet d’une telle importance soit réduit à un simple débat politique, alors que la nécessité d’avoir un mode de transport alternatif n’est pas récente. Il est important de comprendre que le projet Metro Express n’est pas simplement un projet de décongestion de la route, comme certains ont tendance à croire ou à faire croire. C’est un projet qui a été repensé dans son intégralité et, aujourd’hui, conceptualisé comme un important projet de développement économique. Il a, à sa source, le concept de développement orienté vers le transport en commun (TOD). Soit dit en passant, ce n’est pas innocent si vous dites que le projet suscite l’attention des investisseurs internationaux. Dans les grandes villes du monde, le concept de TSD a été un vecteur majeur du développement économique.

Il est tout à fait naturel, chaque fois qu’il y a un projet de cette nature et de cette taille, que les gens expriment leurs préoccupations. Mais, au lieu de dissiper leurs préoccupations, ces dernières sont nourries par des arguments sans fondement. Le Metro Express, ouvre la voie à divers développements nodaux ; Le long des stations par exemple. C’est le cas dans d’autres pays et les opportunités d’affaires en termes d’évolution commerciale, de vente au détail entre autres sont énormes. Il est encore une fois question ici du traitement de l’information.

C’est un exemple limpide de la façon dont les gens sont amenés à voir une image sombre et négative d’un projet tout en occultant les avantages et les améliorations que les gens constateront dans leurs vies quotidiennes. J’ai fait face au même problème lorsque j’ai donné mon opinion sur un projet important qui allait être développé. Mon évaluation portait davantage sur la manière peu professionnelle avec laquelle le projet était conceptualisé et sur les problèmes qui n’étaient pas pris en considération. Vous connaissez probablement le projet auquel je me réfère.

Malheureusement, l’accent a été mis sur un seul aspect qui a été négligé par les consultants et les séries d’articles qui ont suivi n’ont vu  que ce seul aspect. Maurice doit passer à la vitesse supérieure. Je connais beaucoup de personnes qui attendent que le projet se matérialise. En effet, si nous n’avions pas les autoroutes développées, l’île Maurice aurait-elle pu aspirer à ce qu’elle est aujourd’hui ? Il est fort possible que les mêmes types de questions aient été posées à cette époque.

Est-ce que tout le monde y aura accès, une crainte demeure sur le coût du trajet ? 

Sur ce point, je peux me fier à une réponse du ministre des Infrastructures publiques à une question parlementaire. Il y était mentionné que le tarif de Metro Express serait le même que celui des autobus. Si tel est le cas, je peux facilement dire que tout le monde y aura accès. Cela revient à ce que je vous disais précédemment. Ne regardez pas le Metro Express simplement comme un projet de transport, cela va bien au-delà.