Reportage: Marie vit avec son enfant de 4 ans derrière les barreaux

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La prison lui a appris la discipline. Cette mère de famille veut aujourd’hui que son quotidien soit autre. Marie, une jeune malgache, veut à présent rentrer chez elle avec son petit garçon né derrière les barreaux. Rencontre à la prison de Beau-Bassin…




Les mères en prison peuvent garder leurs enfants avec elles jusqu’à leurs cinq ans.

Nous avons rencontré Marie*, une jeune femme de 30 ans, à la prison de Beau-Bassin. Cette dernière a déjà purgé cinq ans et trois mois de sa peine. Son délit ? Elle nous en parle:

Mon transporte la drogue Maurice. Mon condamné à 10 ans prison.

Et lors des faits, elle était enceinte. Depuis, elle dit prier Dieu tous les jours pour trouver une solution à son problème:

Mo ena ene garçon 4 ans. Bientôt li pou gagne 5 ans.

Elle sait que la loi interdit que les enfants de cinq ans restent avec leur mère. Marie poursuit:

Mon faire ban démarches pou rapatrier nous Madagascar. Mwa mo pou continuer purge mo 4 ans ki mo rester ici ek mo garçon pou vive avec mo famille laba. Maurice mo péna personne.

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En attendant de rentrer chez elle, Marie et son petit bonhomme continuent leur cheminement. Elle reconnaît que les conditions sont moins dures pour elle comparativement aux autres prisonnières:

Nous ena ene lasam ek ene lili confortable. Toilette ek salle de bain aussi propre. Nous ena ene la cuisine ek même ene salon kot nous kav guette télévision avec ban zenfants.

Quelques années de cela, ce luxe ne leur était pas permis:

Nous ti dans ene la salle kot ti ena lérats partout. Li pas ti hygiénique ditou pou ban zenfants la.

C’est le commissaire des prisons, Vinod Appadoo, qui a demandé que les prisonnières-mères puissent avoir un quotidien plus ou moins confortable.

Marie démarre sa journée à 5 h 30 du matin. Elle raconte:

Après la prière, mo prépare petit déjeuner mo garçon. Parfois li mange du pain frais, parfois céréales, fruits ek dilait. Ensuite, vers 6 h 30, mo garçon pou lever. Kan lin fini manger, mo baigne li ek prépare li pou li al l'école.

Pendant que son fils fréquente l’école préscolaire de la région, elle doit vaquer à ses devoirs, notamment jardiner ou aller aider à l’atelier de la prison, ou encore à la pâtisserie. Elle explique:

Vers 16 heures, mo atan mo garçon rétourner dépi l'école. Mo baigne li, mo donne li manger ek nous zouer ensam. Asoir, mo aide li faire so ban devoirs. Li ena ene la vie assez normal comparé ar ban lézot zenfants.

Mais Marie ne peut s’empêcher d’avoir le coeur gros derrière les barreaux:

Kan li ti tipti, li pas ti p casse la tête dans ki l'endroit li été. Aster, li reste demande mwa kan nous pou aller dépi la. Li reste dire mwa “mo senti mwa tousel mama, mo fatigué reste ici”. Ek li commence pique ban crises aster.

Comme Marie, elles sont trois autres mères à ainsi purger leur peine. Deux ont des petits âgés d’un an tout au plus alors que le benjamin du groupe a quatre mois. Marie ajoute:

La vie bien dur ici. Même si péna barreaux autour nous, nous koner ki nous pas libre. Nous tou p atan kan nous pou sorti dépi la ek enfin kav respire l'air frais.

D’ici là, elles continuent toutes à s’armer de courage…

* prénom modifié