Premier League: MU - Arsenal, doublement “spicy” !

You can also highlight the text to listen to it.

Les affrontements entre Manchester United et Arsenal à Old Trafford ne sont jamais des rencontres comme les autres. Et d'autant plus celui de samedi qui marquera les retrouvailles entre Jose Mourinho et Arsène Wenger. Ça promet !




Samedi, à l'heure du lunch en Angleterre (12h30) et du brunch à Maurice (16h30), préparez surtout les pop corn et installez-vous confortablement dans votre canapé car l'affiche de la douzième journée vaut le détour. Manchester United accueille Arsenal et ce classique du football anglais n'est jamais un match comme les autres, surtout à Old Trafford.

Au cours de la première décennie d'Arsène Wenger - la glorieuse -, ce choc a été le théâtre d'affrontements féroces, à l'image des joutes verbales et physiques entre les deux capitaines et chefs de bande que furent Roy Keane et Patrick Vieira. L'occasion pour Sky, cette semaine, de demander à Robert Pires où il se trouvait lorsque les débats s'envenimaient. "Caché dans le vestiaire !", répondit l'ancien Gunner avec humour.

Loading...

Qui a lancé la pizza ?

Ce déplacement à risques a également été un moment décisif ou symbolique dans les trois sacres londoniens de l'ère Wenger. En 1998, Arsenal comptait neuf points de retard sur les Red Devils avant de s’imposer grâce à un but d’Overmars (1-0) qui lançait définitivement la remontée fantastique vers le premier titre. En 2002, Arsenal se rendait à "OT" quatre jours après avoir battu Chelsea en finale de la Cup. Une victoire lors des deux dernières journées suffisait aux Gunners qui scellaient le titre dans l’antre de leur grand rival grâce à Wiltord (1-0). Mais, surtout, l'affiche reste à jamais marquée par "the Battle of Old Trafford".

Survolant la saison (2003-2004), les "Invincibles" y défendaient le record qui restera à jamais dans les livres d'histoire. Ni Vieira ni Van Nistelrooy n'avaient terminé la rencontre qui s'était achevée en apothéose avec le record du lancer de pizza à travers le tunnel menant aux vestiaires. Ferguson avait été la principale victime mais on n'a jamais réellement su qui était le coupable. L'histoire remonte chaque année à la veille de la rencontre lors de l'entretien des "Dailies" - les journaux de la semaine - avec Arsène Wenger qui suit la conférence de presse générale et où il faut montrer patte blanche pour être accepté. La discussion finit toujours sur l'identité soupçonnée du coupable - "Fabregas ?" - et la réponse de Wenger - "I don't know !" - dans un éclat de rires de celui qui sait.

Théâtre des rêves et des pires humiliations

Samedi, il est peu probable que Wenger ait le sourire. Car le voyage à Manchester est un périple douloureux et Old Trafford le théâtre des pires humiliations pour l'Alsacien. Arsenal s'y est incliné sept fois lors de ses neuf dernières visites et n'a plus gagné depuis 2006 ! Tout le monde garde en mémoire le 8-2 subi en 2011 avec une équipe jeune et inexpérimentée (Coquelin, Traoré, Jenkinson, Szczesny, Djourou, Walcott, Ramsey...). Dix ans plus tôt, les Londoniens en avaient pris six (1-6), menés 5-1 à la pause après avoir assisté à un hat-trick de Dwight Yorke lors des vingt-deux premières minutes ! Dans son autobiographie, l'ancien Gunner Ray Parlour raconte le choc de voir pour la première fois leur entraîneur, "d'habitude si calme", explosé de colère mais également l'amusement d'entendre des jurons en anglais avec un fort accent français : "J'avais envie de rire. Personne ne pouvait se regarder dans le vestiaire, sinon nous aurions tous éclaté de rires !" Même lorsque Manchester United est à l'agonie, comme la saison passée, les Gunners trouvent le moyen d'y abandonner leurs espoirs de titre (2-3) en ratant l'occasion de revenir sur Leicester qui s'échappa définitivement.

Expulsion burlesque et chants douteux

Le théâtre des rêves est devenu un terrain maudit pour Wenger, à l'image de son expulsion (en 2009) qui vira au burlesque lorsque le Français se retrouva perché sur une petite plateforme de la tribune surplombant les deux bancs de touche et la pelouse, les bras écartés en regardant l'arbitre, coincé au milieu des supporters mancuniens hilares devant le grotesque de la situation. Néanmoins, l'accueil n'a pas toujours été aussi drôle pour le Français. Chaque année, le club mancunien doit demander à ses supporters de mettre fin à certains chants des plus douteux envers Arsène Wenger ("Assieds-toi le pédophile"). Une cruauté intolérable qui a même obligé Alex Ferguson, pourtant longtemps l'ennemi du Français, à intervenir personnellement.

Et, cette année, ce rendez-vous très particulier aura une saveur doublement épicée puisqu'il marquera les retrouvailles entre Wenger et Mourinho, son pire ennemi ! Deux mois après les violents propos du Portugais relayés dans un bouquin d'un confrère britannique - "un jour, je lui casserai la gueule !" -, celles-ci s'annoncent explosives. La dernière fois que Wenger s'est déplacé chez son rival, en septembre 2015 à Stamford Bridge, son équipe a terminé à neuf. La fois précédente, lors du Community Shield de la même année, les deux hommes avaient tout fait pour s'éviter avant et après la rencontre lors d'une mise en scène savamment orchestrée par le Special One, planté au pied des escaliers de la tribune d'honneur pour féliciter un à un tous les joueurs d'Arsenal avant de tourner les talons devant l'arrivée de Wenger. La fois d'avant (octobre 2014), ils en étaient venus aux mains, le Français poussant le Portugais qui avait fait voler la cravate de l'Alsacien.

Tout oppose Mourinho et Wenger

Nyon en août dernier où, pour la photo officielle, le Portugais était assis au premier rang à côté de Sir Alex Ferguson et le Français... debout, au second rang, devant un panneau où était inscrit le mot "respect". Car, il faut bien le dire, tout oppose les deux hommes. Dans l'attitude comme dans l'approche du jeu. L'élégance chez Wenger, la vulgarité chez Mourinho qui a tout de même accusé le Français de "voyeur" et l'a qualifié de "spécialiste de l'échec". Sur le terrain, l'ultra pragmatisme du Portugais et son attachement au palmarès se confrontent également à la philosophie du beau jeu du Français. Certains diront que l'un fait gagner ses équipes et pas l'autre. En tout cas, pas depuis un moment. Lorsqu'il revient en Angleterre après six ans d'absence (2013), Mourinho rafle la saison suivante le titre qui fuit Wenger depuis maintenant douze ans...

Le Français n'a jamais battu le Portugais en Premier League en onze confrontations et une seule fois toutes compétitions (15 matches). Chaque défaite est vécue comme une humiliation et l'ombre de Mourinho plane constamment au-dessus du Français. Cette année, Wenger a l'occasion de prendre sa revanche et enfoncer un peu plus son rival dans la crise à Manchester. A l'inverse, Mourinho pourrait se relancer définitivement et montrer une fois encore les limites de son adversaire dans la course au titre. Dans un cas comme dans l'autre, on ne devrait pas s'ennuyer.