[Opinion] Ce dont parle Soodhun: La faillite d'un système !

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Je regarde l'inauguration du Louvre Abu Dhabi. Je sais que dans mon pays on s'intéresse en ce moment surtout à un usurpateur de la légitimité de la composante musulmane de la population. Et c'est sans doute parce que nos communautés musulmanes n'ont pas suffisamment travaillé à vaincre les obscurantismes qu'elles doivent supporter l'association à ce personnage célèbre pour ses délires psychotiques et auquel son parti a néanmoins accordé la responsabilité de présider à leur destinée...




Mais est-ce que ce sont seulement les musulmans qui doivent endurer l'embarras du phénomène ou est-ce plutôt, et encore une fois, c'est le personnel politique en place, au pouvoir comme dans l'opposition, et les quelques façonniers de l'opinion publique, que l'on se doit examiner plus scrupuleusement ?

Il y a des silences qui ont été lâches et opportunistes, des silences qui ont amplifié les vociférations des individus décadents qui, comme chez d'autres, aliènent la voix des modérés et cultivent les perspectives de l'horreur. En toute impunité, puisque bénéficiant de la complaisance des responsables institutionnels qui se déculottent volontiers face au personnel politique !

Ce soir, sous le dôme consacré à la beauté, on expose fièrement des objets du monde appelés à revigorer tous les combattants de la culture universelle. Dans mon pays, les uns et les autres, à l'encontre de toute raison, prêtent foi à ce personnel politique qui se gargarise de messages unitaires et alarmistes qui ont toujours fait leurs fonds de commerce. Ils ont pour eux ces praticiens des médias d'un genre nouveau qui parient sur l'imbécilité de la plèbe, plutôt que de seulement souscrire à l'information de la masse.

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C'est quand le spéculatif s'érige en raison unique que celle-ci est estropiée de ces exigences et qu'elle déserte l'exercice de la démocratie. Quand un imbécile déconne, qu'il soit puissant ou non, il y a encore dans ce pays une justice qui doit pouvoir s'exercer dans les conditions prescrites par notre Constitution. Mais elle est mise en spectacle pour des individus sans portée populaire et rentre dans l'acceptable pour ceux qui savent s'abriter derrière les paravents du pouvoir partisan.

C'est évidemment parce que certains individus sont convaincus de pouvoir bénéficier de la cécité des autorités que celles-ci sont désormais incompétentes. C'est essentiellement parce que certains individus sont convaincus de pouvoir bénéficier de l'impunité qu'ils osent les récidives.

Les événements ne se produisent pas par la seule conjugaison de nombreux hasards. Dans mon pays le mal est systémique; il est généré par un ensemble de facteurs provenant TOUJOURS d'un même système: celui de la peur des uns entretenue par rapport aux autres. Et c'est ce système qui, depuis cinquante ans, donne aux Mauriciens des représentants qui consentent volontiers à user de cette catégorisation qui rend légale la définition d'une catégorie fourre-tout que l'on désigne comme la "Population Générale". Une catégorie tellement stigmatisée et meurtrie avec le consentement de tous, que le plus authentique de cette caste politique méprisante se soit permis de l'exprimer, car c'est aussi l'expression de ceux qu'ils représentent légitimement et légalement !

Dans mon pays s'exercent les phobies diverses des multiples courants nationalistes et sectaires. Un terreau fertile pour faire pousser les ambitions de quelques pays dits amis... Et, Jugnauth, le petit comme le père, n'auront pas su considérer la portée de nos lois pour que soient rapidement identifiés les Mauriciens agents d'un pays étranger qui viendrait semer le trouble parmi la population. Faut-il s'en étonner quand eux-mêmes ferment les yeux sur l'émissaire revenant de chaque voyage post-scandale, avec des promesses et des emballages ? A quoi faut-il s'attendre quand eux-mêmes reçoivent obséquieusement ces éminences de la spiritualité que le nationalisme hindou produit à foison au grand dam des intellectuels indiens ? A quoi doit-on s'attendre quand on vante les seuls vertus de Gandhi et qu'on n'est pas capable d'étudier ses propos racistes envers les Kaffirs. C'est quoi les Kaffirs ? Ce sont les cafres, les nègres, les noirs, toute cette partie de la population astucieusement glissée dans cette catégorie qui défie toute forme de catégorisation sociale, et qui est l'injure des législateurs à l'intelligence autant des sociologues que des juges !

En réalité, Soodhun a seulement dérogé aux règles non-établies du politiquement-correct. Car, il sait pouvoir compter sur un système lui permettant d'activer les leviers et les pistons de l'ingénierie sociale pour que s'exerce, encore et encore et ce depuis le temps de l'esclavage, cette discrimination qui puise sa justification politique dans la stigmatisation !

Oui, le mal est systémique, et on aurait tort d'accorder davantage de crédit à ceux-là, journalistes et politiques, qui invoquent ad nauseam ce tissu social fragile, sans que l'on ne s'interroge un tant soit peu sur la pertinence de cet argumentaire. Disons-le clairement: l'argument du "tissu social fragile" est celui de ceux qui ont la responsabilité de l'entretenir et de le solidifier pour une réelle cohésion sociale. Et, dans ce cas, il s'agit, en réalité, de l'aveu de la faillite dans cette mission qui leur est confiée !

Or, ces gens-là n'arrivent pas au pouvoir comme on obtient des champignons après la pluie. C'est à partir d'un système qu'ils ont phagocyté qu'ils parviennent à se reproduire et, on ne s'en débarrassera pas sans se débarrasser de tout un système. Or, ce système repose uniquement sur les peurs populaires que le personnel politique est en droit d'entretenir puisqu'il accède à la députation par ce biais. En fait, la vraie information consiste à dire aux Mauriciens qu'ils sont des couards et des pleutres ! En 2017, ils ont encore peur de leurs compatriotes comme ils ont peur de Touni Minuit !

Peut-on se contenter de seulement voir le côté sombre de Soodhun quand il est question d'un système qui, en réalité, exploite les obscurantismes ? C'est la question qu'il faut oser se poser.

Joël Toussaint