[Opinion] Affaire Betamax: ‘Pas moi sa, li sa’

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L’annonce de la condamnation de l’Etat mauricien sommé de verser à la compagnie Betamax près de 5 milliards de roupies a fait l’effet d’une bombe dans le pays hier.




Une profonde détresse semblait s’être emparée des mauriciens présents sur Facebook depuis l’annonce de cette nouvelle. Il y a bien eu quelques voix discordantes qui répandaient leurs versions, souvent spéculatives, sur la Toile, en arguant que cette affaire relève d’amitiés sonnantes et trébuchantes datant d’avant décembre 2014, qu’elle est en appel et que le remboursement ne se fera pas d’un seul coup.

La riposte s’est ensuite organisée pendant la journée d’hier culminant avec la conférence de presse du ministre Etienne Sinatambou. Nous nous sommes retrouvés avec d’autres déclarations toujours dans le schéma classique du ‘pas moi sa, li sa’. Celle de l’ex-adjoint au Premier Ministre et actuellement Leader de l’Opposition m’a paru plutôt pathétique car évoquant une impuissance totale et prolongée exprimée sur un dossier important. Une impuissance que certains attribuent à l’excès de pusillanimité envers ses collègues de travail du premier député de Belle-Rose/Quatre-Bornes qui n’a pas encore brandi la menace d’une démission pour laver son honneur, quelque peu éclaboussé.

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Quant à l’ex Ministre de la Bonne Gouvernance, certains internautes ne se sont pas fait prier pour rafraîchir sa mémoire avec les divers clips qui pullulent sur YouTube et qui démontrent sa verve d’antan quand il s’agissait de bouffer du Betamax – qu’il cite au numéro 5 au niveau du hit parade qu’il a dressé, lui-même, de ses réalisations au gouvernement.

Voilà une réalisation qui risque de nous coûter très cher car il n’est pas établi de façon claire et nette que le gouvernement pourra faire appel de ce jugement obtenu devant le tribunal d’arbitrage de Singapour.

Quel que soit le scénario, restera toujours cependant le Tribunal de l’Histoire qui jugera sévèrement tous ceux responsables de cet énième scandale qui accable notre pays.

Je n’aime pas faire dans la sinistrose. Ce que je retiens de cette saga et des commentaires faits hier, c’est surtout la volonté farouche des Mauriciens de vouloir tourner la page sur une dynamique de règlement des comptes politique qui prend une tournure catastrophique pour la Trésorerie de l’Etat et qui donne l’image d’un pays en pleine dégringolade au reste du monde.

Il y a bien eu des réactions spontanées de Mauriciens voulant conseiller à leur progéniture de chercher leur voie ailleurs qu’à Maurice. Mais ne doutons pas de la capacité de notre pays à rebondir.

Il fallait pouvoir écouter, hier après-midi, les invités de Radio Plus, surtout l’analyse pertinente de Monsieur Ivor Tan Yan qui a plaidé pour une réduction des inégalités entre les salaires.

Feu Peter Drucker, le plus grand des gourous en Management avait recommandé aux gestionnaires un taux de rémunération de 20 à 1, limite au-delà de laquelle, le moral au sein des entreprises, disait-il, allait être affecté.

Si on doit parler du service public, je considère qu’un ratio de 1 à 15 ou moins serait raisonnable dans le contexte mauricien.

La Wagemark Foundation milite pour un ratio de 8 :1 ou moins, des salaires sur le plan international.

Quant à Messieurs Narainduth Gopee et Sen Ramsamy qui étaient présents sur les ondes de Top FM, l’un a eu le courage d’expliquer la sclérose qui rend peu performante notre fonction publique et la nécessaire ’disruptive innovation’ pour faire avancer ce secteur alors que Sen Ramsamy a rappelé les pratiques prédatrices au sein de l’industrie touristique avec le ‘all-inclusive package’ qui nous relègue au troisième rang au niveau des pays de l’Océan Indien.

Alors entre outrages et fatalisme, dans un pays où plein de choses sont déréglées, il est important de privilégier la réflexion et les débats qui seuls peuvent aboutir à des solutions concrètes capables de changer pour de bon le cours de notre histoire.

Le grand soir de la révolution, en pressant un bouton, est un rêve. Une déflagration nationale, un vrai cauchemar.

Trilock Dwarka