“Les Réunionnais sont fainéants et les Mauriciens sales”


La scène s’est déroulée dans un tribunal, à l’île soeur. Maximin Samarapaty, un agriculteur de 51 ans, comparaissait hier pour plusieurs délits dont travail dissimulé, aide au séjour irrégulier d'étrangers en France mais surtout pour traite d'êtres humains.




Les ouvriers mauriciens travaillaient plus de 12 heures par jour.

Le moins que l'on puisse dire, c'est que Maximin Samarapaty, un agriculteur de Sainte-Anne, se défend très mal devant le tribunal correctionnel. Hautain, arrogant, sûr de lui, sans empathie, odieux voire à la limite du cynisme, le quinquagénaire ne semble pas se rendre compte de l'endroit où il se trouve. Malgré tout, une partie de son discours a le mérite de pointer une des problématiques de l'île, les raisons du travail clandestin.

Les faits en eux-mêmes sont simples. En 2014, les policiers de la police aux frontières reçoivent un renseignement concernant plusieurs Mauriciens venant travailler clandestinement dans une exploitation réunionnaise de fruits et de canne. Les fonctionnaires suivent alors sept personnes et le prévenu jusque chez lui. Quelques jours plus tard, les policiers lui rendent une "visite". Sur place, ils découvrent plusieurs individus, tous de nationalité mauricienne, qui travaillent à la récolte des letchis. Ils expliquent qu'ils sont payés 50 euros (Rs 2 000) par jour, moins 25 euros de frais d'hébergement et de nourriture, pour une durée de travail, qui dépasse largement les 12 heures. Ils racontent aussi que le seul repas de la journée est constitué d'une baguette pour trois avec une boîte de sardines.

En mars 2016, un nouveau contrôle constate les mêmes faits, mais cette fois, avec des personnes entrain de monter un mur. Parmi eux, toujours des Mauriciens, mais aussi des Réunionnais. Enfin, en décembre 2016, un dernier contrôle démontre que l'agriculteur continue ses pratiques. Il est alors interpellé et placé en garde à vue. Lors de la perquisition, les enquêteurs constatent que le lieu d'hébergement des travailleurs étrangers est totalement insalubre.

Maximin Samarapaty est mis en examen pour travail dissimulé, aide à l'entrée et au séjour irrégulier d'étrangers en France, emploi d'étrangers non munis d'une autorisation de travail, mais aussi, traite d'être humain commise à l'égard de plusieurs personnes. S'il reconnaît globalement l'ensemble des faits, le quinquagénaire nie la dernière prévention mais surtout, devant ses juges, il va chercher à s'expliquer:

Ici à La Réunion, c'est pas facile. Les Réunionnais, ils ne veulent pas que je les déclare. Le Réunionnais, il va venir deux heures et puis, parce que c'est trop difficile, il va partir. Il est feignant par rapport au RSA. Il faut bien que je trouve une solution pour mes fruits et pour la canne. Je ne peux pas laisser cela pourrir. Je ne veux citer personne, mais je ne suis pas tout seul. Là, c'est dommage mais c'est tombé sur moi. Mais, c'est dans la canne que c'est le plus fort. Là, personne n'est déclaré.

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“Les Mauriciens, ils vivent par terre. Ils sont sales et c'est comme ça.”

Lorsque le président Hugues Courtial l'interroge sur les conditions d'hébergement des ouvriers mauriciens, l'agriculteur est à la limite de l'odieux:

Les lieux étaient propres. Ce sont eux qui ont tout cassé. Les Mauriciens, ils vivent par terre. Ils sont sales et c'est comme ça. Ce n'est quand même pas à moi d'aller nettoyer la salle de bain et les toilettes.

"Et pour la nourriture", interroge encore le président:

Il y avait de tout. Mais eux ne voulaient que du pain et des sardines. Ils aiment cela. J'ai même été obligé de donner leurs repas à mes chiens. Je ne peux quand même pas donner à un Mauricien le pain, le beurre et l'argent du beurre.

La représentante du parquet, Valérie Mascarin, a requis une peine de 3 années d'emprisonnement dont 18 mois avec sursis mise à l'épreuve et la saisie de ses biens:

Il nous donne des explications qui ne sont pas admissibles. Pour lui, le droit du travail n'existe pas et il fait des profits conséquents comme cela. Il veut se présenter comme une victime, mais en réalité tout ce qu'il dit l'arrange bien. L'économie réunionnaise ne peut pas être basée sur la fraude. Il va aussi recruter sur l'île Maurice et il fait vivre ces personnes dans des conditions indignes. Ces Mauriciens sont traités comme des animaux. On ne peut pas tolérer ce type de fait.

Dans une très longue plaidoirie, Me Satish Rambhujun va lui aussi revenir sur les problèmes qui touchent la société réunionnaise:

Le problème de la main-d'œuvre à La Réunion est bien présent. Beaucoup de personnes, maintenant, ne veulent plus aller au soleil, gratter la terre mais surtout, elles ne veulent pas que l'on supprime leurs allocations. Si l'on supprime le travail au noir, l'agriculture meurt. Tout le monde le dit. Mon client reconnaît globalement tout. Mais sa fraude n'est pas intentionnelle. Les réquisitions du parquet sont lourdes. Il faut lui infliger une peine préventive.

Même analyse de la part de Me Alex Vardin:

Nous sommes très loin de la traite d'être humain. Entre les Mauriciens et les Réunionnais, tout le monde touchait 50 euros. Aujourd'hui, il a compris et il va repartir du bon pied. Cependant, je demande clairement la relaxe pour la traite.

Le tribunal n'a pas retenu cette dernière qualification pénale mais a condamné Maximin Samarapaty à deux ans de prison avec sursis et 45 000 euros (Rs 2,25 millions) d'amende pour travail dissimulé et aide au séjour irrégulier d'étrangers en France.

Petites phrases d'audience

Lorsque je vais à pôle emploi, je ne trouve personne ou alors, il m'envoie des vieux. Des personnes qui ont entre 55 et 60 ans. Je ne peux rien faire avec eux.

Si je prends quelqu'un à pôle emploi, j'ai droit à une prime de 3000 euros (Rs 120 000) par personne. Mais, il n'y a personne qui veut. Les Réunionnais ne veulent pas que je les déclare.

Il n'y a que les femmes qui acceptent de travailler. Elles, elles ne sont pas faignantes.

J'ai essayé de faire des demandes. J'ai écrit au préfet, à Monsieur le Député. J'ai toujours envoyé mes lettres avec accusé de réception, mais je n'ai jamais eu de réponse.

Comment je fais avec mes fruits. Je ne peux quand même pas les laisser pourrir.

Non, je n'ai pas exploité ces Mauriciens. Ce sont des amis. Ce sont eux qui me demandent de venir travailler.

Je sais que ce n'est pas bien de faire venir des personnes étrangères et que l'hébergement n'est pas bien. Mais, il faut bien que je trouve une solution pour mes fruits.

Source: Clicanoo