Le Théâtre de Port-Louis, haut lieu de l'art et de la culture

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Le Théâtre Municipal de Port Louis est un des plus anciens de l’Océan Indien. Classifié au patrimoine national en 1968, il représente un lieu de rencontre international et un lieu dédié à la promotion artistique et culturelle.




Comédie, opéra, vaudeville, variétés, mélodrame et pantomime, sa scène a accueilli tous les genres de l’art dramatique. Tombé en ruine, inutilisé depuis plusieurs années, il fait l’objet depuis quelques mois d’un projet de rénovation.

Créé en 1820, le Théâtre de Port-Louis avait remplacé le premier théâtre de l’île. Celui-ci avait été construit en 1788 à l’orée du Jardin de la Compagnie, à l’emplacement de l’actuelle salle de cinéma Majestic mais n’avait pas résisté au cyclone de 1818.

Le nouveau théâtre fut donc construit, sur une terrain donné par le Général Darling, Gouverneur par intérim à l’époque. La première pierre fut posée le 27 septembre 1820 par le Gouverneur Farquhar et le bâtiment fut terminé en 1822. Créé par l’architecte Pierre Poujade, son dôme fut décoré par un artiste peintre belge, Henri Théodore Vandermeerch.

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Le Théâtre de Port-Louis fut ainsi inauguré le 11 juin 1822 par le gouverneur Farquhar lui même. À l’affiche de cet événement, une comédie, « La partie de chasse d’Henry IV » et un opéra, « La Maison à vendre », interprétés par des amateurs.

La salle du Théâtre de Port-Louis, en forme de U, contient plusieurs étages avec balcons. Il est calqué sur le modèle des salles à l’italienne. A l’époque, le théâtre à l’italienne diffèrait des gigantesques structures antiques par des dimensions plus modestes permettant au public de percevoir le jeu des artistes, l’interprétation des œuvres musicales et d’être assis face à la scène et ses décors, un principe encore en usage de nos jours.

Le théâtre créé par Poujade fut par la suite rachetée par la municipalité de Port Louis qui en fit l’acquisition le 30 décembre 1854. A cette époque, l’éclairage marchait au gaz qui avait remplacé les lampes à huile de coco des débuts. L’électricité y fut installée en 1892.

Dans les années 1920, le Théâtre de Port-Louis était le coeur culturel et folklorique de la capitale. Il constituait une attraction pour les Portlouisiens et attirait de nombreux amateurs. Parmi ceux-ci, le poète Robert Edward Hart pour lequel les entractes “étaient encore plus amusants que les actes”.

Robert Edward Hart décrit merveilleusement ce qui se passait sur le square connu comme la “place du Théâtre”, ce lieu de vie bouilllonant d’activités. Le poète y admirait “un spectacle gratuit mais passionnant”. “Des marchandes de pistaches bouilles ou torréfiées, d’ananas et de cornichons épluchés, de petits pois grillés, d’alouda et de vangassailles, étaient accroupies sur le trottoir, derrière leurs éventaires vaguement éclairés par une veilleuse à l’huile de coco et surtout par le futur lampadaire de la Place Foch”, relate-t-il.

Aucun détail n’échappait au poète: “parfois, un fort ténor en pourpoint , tricorne à plumes et rapière, traversait cette place pour aller acheter des cigarettes chez le marchand de fruits de Cythère qui somnolait entre un bocal de berlingots et de fagots de bois à feu de seconde main”…

Pendant les entr’actes la galerie supérieure du théâtre était transformée en buvette. “Des messieurs avaient l’air de prendre l’air tout en s’envoyant rituellement des whisky soda et des petits fours au marasquin ou aux sardines portugaises. Le vent du Champ de Mars, ce mistral portlouisien, éteignait une à une les veilleuses en chapelets entrecroisés qui signalaient au loin les galas de notre scène nationale: Guillaume Tell ou ce que Vanoff appelait la Femme-Ouritte, et s’engouffrait dans mes manches”, écrit Robert Edward Hart…

Plus tard, dans les années 1950, le théâtre dramatique moderne fit son entrée sur la scène port-louisienne avec des pièces françaises de Molière, Courteline, Labiche ou encore Montherlant. Il est intéressant de noter que le comédien français Claude Piéplu y fit ses premiers pas au tout début des années 60. En 1969, le Mauricien Max Moutia y présenta « Le pays du Sourire ». En 1978, Lucien Maugendre y produisit l’opérette « Surcouf », très appréciée à l’époque et qui relate les aventures du célèbre corsair, interprété par José Todaro.

La vieille scène du Théâtre de Port-Louis vit aussi éclore le théâtre créole avec des dramaturges comme Henry Favory ou encore avec « Zozef ek so palto larkansiel », comédie musicale de Andrew Lloyd Weber et Tim Rice, adaptée en créole. Cette adaptation du linguiste et poète Dev Virahsawmy, mise en scène par Gérard Sullivan, connut un immense succès populaire au début des années 80.

Mais après le passage de cyclones dévastateurs la salle fut à nouveau sérieusement endommagée. Au début des années 90, des rénovations furent entreprises avec l’aide du gouvernement français. Mais la salle se dégrada à nouveau et depuis 2008 elle est restée fermée la plupart du temps.

Aujourd’hui des firmes privées ont exprimé leur intention d’investir dans le Théâtre de Port-Louis, dans un premier temps pour la rénovation du plancher et des sièges. Ce projet devrait démarrer dans les six prochains mois. Entretemps, un lot de 400 fauteuils rouges des rideaux miteux, des câbles rognés et de vieux projecteurs ont été vendus aux enchères dans une certaine indifférence des portlouisiens…

Source: “Port Louis…Histoire d’une Capitale”, de Jean Marie Chelin