Histoire : À la recherche du lac sacré

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Les Mauriciens de foi hindoue sont nombreux, chaque année, à converger vers le Ganga Talao, lac sacré de Grand-Bassin, dans le cadre de la fête Maha Shivaratree. Une occasion de se souvenir du premier pèlerinage, à la fin du 19e siècle lorsqu’un groupe de dévôts mené par un pandit découvrit le lac sacré.




Le pandit qui effectua le premier pèlerinage au Ganga Talao s’appelait Jhummon Giri Gossagne. Ce prêtre habitait Bois-Pignolet dans le nord de l’île.

Un soir, il eut un songe. Il rêva d’un lac alimenté par le fleuve sacré, le Gange et où les dieux se lavaient chaque jour. Le Pandit Gossagne avait probablement entendu parler d’une vieille légende indienne selon laquelle, en des temps reculés, des marins du sous-continent naviguant dans l’Océan Indien, auraient accosté l’île et auraient déversé dans un lac niché en son centre un peu des eaux sacrées du Gange… La nouvelle du songe se répandit rapidement dans les villages alentours. Elle réconforta surtout la communauté indienne, fraîchement immigrée, qui croyait fermement dans la nature particulière de l’île.

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Le Pandit Gossagne.

De son côté, le pandit Gossagne avait décidé de chercher le lieu sacré au centre de l’île. Mais à la fin du 19e siècle, certaines régions de l’intérieur étaient encore difficiles d’accès, voire inconnues de certains Mauriciens, et les premières tentatives s’avérèrent infructueuses.

Finalement, en 1887, vers le mois de février, le pandit Gossagne tenta une nouvelle excursion en compagnie d’un autre religieux, le pandit Shri Mohanparsad, un prêtre de Goodlands et de 9 autres villageois. Ils avaient la ferme intention de recueillir de l’eau du lac sacré et de l’offrir au dieu Shiva, à l’occasion de la fête de Maha Shivaratri. Ils partirent du Maheswarnath Mandir de Triolet.

Si la première partie du parcours était relativement accessible, la deuxième partie fut plus incertaine. Après Vacoas, il n’y avait plus de routes. L’intérieur de l’île était dense, peuplé de singes et de cochons marrons ou encore de cerfs. Et après une longue marche qui dura un jour et une nuit, ils découvrirent finalement dans la brume du petit matin, au milieu de la verdure, le lac de leur rêve : une paisible étendue d’eau, entourée de buissons verdoyants et de grands arbres avec un îlot en son centre. Le lieu respirait la paix et la sérénité.

Situé sur les terres de la couronne, le lieu, connu comme Grand Bassin, abritait alors un pavillon de chasse et était fréquenté par des coupeurs de bois, selon l’historien Satyendra Peerthum. Les hindous lui donnèrent d’abord le nom Pari Talao. Dans la foulée du pandit Gossagne, de plus en plus de gens se rendirent au lac.

Les gens venaient au lac sacré en plus grand nombre chaque année, dans de longues processions, portant les “kanwar”.

Les premières structures, en bois, furent érigées dans les années 1920. En 1939, le gouvernement colonial accorda un congé aux hindous dans le cadre du Maha Shivaratree. Les gens venaient au lac sacré en plus grand nombre chaque année, dans de longues processions, portant les “kanwar” (structure en bambous décorées à l’effigie des divinités). En 1972, un peu de l’eau du Gange y fut déversé lors d’un rituel spécial, pour se connecter à la légende…

Depuis, chaque année, les Mauriciens de foi hindoue se rendent au Ganga Talao à l’occasion du Maha Shivaratree. Pour rendre hommage au dieu Shiva. Et les kanwar qui étaient tout petits sont aujourd’hui de plus en plus imposants. D’autres pèlerins de foi hindoue viennent aussi de La Réunion, d’Afrique du Sud et le pèlerinage attire aussi de nombreux visiteurs et des Mauriciens d’autres confessions religieuses.

Des pèlerins à Grand-Bassin en 1957.

Toutes proportions gardées, le pèlerinage au Ganga Talao s’inscrit dans la grande tradition des pèlerinages religieux du monde, que ce soit les grands pèlerinages hindous qui permettent de se rendre aux sources du Gange, aux Ghats de Bénarès mais aussi ceux d’autres religions. Ainsi, le pèlerinage de Saint-Jacques de Compostelle, en Espagne, a pour origine la découverte à Compostelle du tombeau de l’apôtre Jacques. Il est suivi chaque année par 200 000 croyants. Le pèlerinage de Lourdes, en France, attire, quant à lui, six millions de fidèles annuellement qui se rendent à la grotte de Massabielle, dans l’espoir d’obtenir une guérison miraculeuse.

Le pèlerinage le plus connu de l’islam est le Hajj qui s’effectue deux mois après le mois sacré du Ramadan et doit être réalisé au moins une fois, par tous les musulmans qui en ont les moyens financiers. Chaque année, La Mecque reçoit plus de deux millions de pèlerins. Parmi les autres pèlerinages célèbres on peut citer celui de Notre Dame de Fatima au Portugal, ou de Notre-Dame de Guadalupe au Mexique.