Effet boomerang: Le retour de la claque

You can also highlight the text to listen to it.

Pravind Jugnauth a eu tort de narguer l’opposition au Parlement, la semaine dernière, en rappelant comment la Cour suprême a administré une magistrale claque à ses détracteurs en l’acquittant sur l’affaire MedPoint.




Pravind Jugnauth

Le mot claque prononcé de façon sonore et dramatique et ad nauseam n’a pas tardé d’inspirer des créations de tous genres sur les médias sociaux, prenant pour cible le Premier ministre et le dénigrant à la manière du clip viré mam de 2014. On appelle cela un retour de manivelle.

Loading...

Non fran, li em nous premier ministre la?? :o Credit: Le Pinokyo

Posted by Mauricien on Wednesday, June 21, 2017

Mais voilà que jeudi matin, la claque a changé de direction pour assommer le Premier ministre. Sa cause a reçu un magistral revers des mains de la Cour suprême, qui autorise le Directeur des poursuites publiques (DPP) à contester une décision précédente de cette même instance, acquittant le Premier ministre.

Le sort de Pravind Jugnauth est maintenant lié à la claque que les Law Lords vont donner à Londres. Soit une gifle au Premier ministre, soit une claque au DPP. La gifle au Premier ministre sera fatale car il aura à démissionner. Comme son oncle Ashock qui l’a précédé dans une aventure semblable, Pravind Jugnauth pourrait faire acte de candidature lors d’une partielle au n°8. Mais contrairement à 2009, il ne doit pas compter sur Navin Ramgoolam et l’artillerie travailliste pour l’aider.

Les avis sont partagés quant au statut juridique et politique du Premier ministre après le jugement de la Cour suprême. Ses hommes prétendent que c’est «business as usual». Ses adversaires réclament son «stepping down» au nom de l’éthique et de la moralité politique, en attendant que l’affaire soit entendue devant le Conseil privé de la Reine.

Une bien étrange coïncidence a voulu que le jour même où Pravind Jugnauth est réduit au statut de «lame duck», le père Anerood, lui, triomphe face aux redoutables Britanniques et Américains lors d’un vote aux Nations unies. Sir Anerood Jugnauth en sort un homme requinqué et ragaillardi. Lui, que les spin doctors du fils avaient placé dans un coin, tel un téléviseur analogique qui avait servi son temps.

Pravind Jugnauth a eu beaucoup de peine à s’affirmer depuis sa nomination comme Premier ministre. Les institutions, mêmes des régulateurs, ont presque cessé de fonctionner quand on ne prend pas de mauvaises décisions comme à la Financial Services Commission. Fragilisé, Pravind Jugnauth aura encore des difficultés à asseoir son autorité.

Si le MSM veut éviter une catastrophe, le parti n’a d’autre solution que de faire appel au «bonhomme» pour qu’il reprenne la barre et sauve la barque. Si sir Anerood a terrassé le lion britannique et l’aigle américain à New York, il n’éprouvera aucune difficulté à rabattre le caquet à des Sesungkur et Sinatambou au Conseil des ministres. L’épisode premier ministériel de Pravind Jugnauth sera alors vu dans l’histoire comme un mauvais épisode de sortie de route avec quelques dommages.

Quant aux amateurs de psychologie freudienne, ils seront réconfortés dans le postulat que le fils n’a pas réussi à tuer son père pour prouver qu’il est un homme. 

El Figaro