Chagos: Maurice sur le point de remporter le litige qui l’oppose au Royaume-Uni depuis 50 ans ?


Le 22 juin, l’ONU a autorisé Maurice à saisir la Cour de justice de La Haye sur la question de la souveraineté de l’archipel des Chagos. Un camouflet pour le Royaume-Uni dans ce combat de cinquante ans.




Depuis cinquante ans, le David chagossien se bat contre les deux Goliath anglo-saxons pour que son peuple puisse retourner vivre sur les atolls dont il a été expulsé entre 1967 et 1973 par les Britanniques.

Dans le long combat juridique et politique qui l’oppose à la Grande-Bretagne depuis son indépendance, Maurice vient peut-être de remporter une bataille décisive. Le 22 juin, en autorisant l’île à saisir la Cour internationale de justice de La Haye pour lui demander son avis consultatif sur la question de la souveraineté de l’archipel des Chagos, l’Assemblée générale des Nations unies a infligé un véritable camouflet aux Britanniques, alors que la perspective d’une victoire finale n’a jamais été aussi proche pour les Mauriciens. « C’est un vote historique », a d’ailleurs déclaré le jour même Olivier Bancoult, responsable du Groupe Réfugiés Chagos (GRC) et porte-parole de cette communauté de plusieurs milliers de ressortissants.

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Longue bataille

Depuis cinquante ans, le David chagossien se bat contre les deux Goliath anglo-saxons pour que son peuple puisse retourner vivre sur les atolls dont il a été expulsé entre 1967 et 1973 par les Britanniques, pour laisser les Américains y implanter l’une de leurs plus importantes bases aéronavales au monde, sur l’île de Diego Garcia. Si, à l’époque, les Mauriciens ont accepté cette partition en échange de leur indépendance, ils apportent, depuis, un soutien sans faille à leurs frères chagossiens, afin de « parachever le processus de décolonisation », comme l’a rappelé à la tribune onusienne Anerood Jugnauth, l’ex-Premier ministre mauricien. Dernier survivant des pourparlers engagés avec Londres en 1965, le « Vieux Lion », âgé de 87 ans, a lui-même dirigé la délégation de son pays à l’ONU, après avoir croisé le fer avec les Britanniques pendant ses deux dernières années passées à la primature.

Décision unilatérale

L’an passé, alors que le bail accordé aux États-Unis arrivait à son terme, il avait même accepté la trêve demandée par l’ONU, dans l’espoir que son pays soit admis à participer aux discussions portant sur la reconduction de la présence américaine aux Chagos. Mais la décision unilatérale – prise par Londres en novembre 2016 – de prolonger jusqu’en 2036 l’accord conclu avec les États-Unis et d’interdire « pour raisons de sécurité » (selon le Foreign Office) tout retour des Chagossiens en échange d’une compensation financière de 1,8 milliard de roupies mauriciennes (44 millions d’euros) « a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase », expliquent les autorités de Port-Louis.

Face à des négociations qui s’annonçaient sans issue, Mauriciens et Chagossiens ont porté devant la communauté internationale un différend que Britanniques et Américains considèrent relever des relations « bilatérales ». Le résultat a été sans appel : 94 pays ont soutenu la résolution de l’ONU, 15 s’y sont opposés et 65 se sont abstenus. Parmi ces derniers, la Chine et la Russie, ainsi que la quasi-totalité des pays membres de l’Union européenne – à commencer par la France, puissance incontournable dans l’océan Indien. « Nous préférons retenir qu’elle n’a pas voté contre », précise un conseiller de l’actuel Premier ministre mauricien, Pravind Jugnauth, qui a succédé à son père en janvier.

L’avis de la Cour internationale attendu

La crainte d’« un dangereux précédent », avancée par le représentant britannique à l’ONU, n’a donc pas été avalisée par Paris, pourtant confronté dans la région à des contentieux pas si éloignés avec Madagascar (pour les îles Éparses) ou les Comores (pour Mayotte). Sans surprise, Américains et Britanniques se sont, eux, opposés à la résolution, soutenus par l’Australie et la Nouvelle-Zélande – membres du Commonwealth –, ­l’Afghanistan, le Japon et la Corée du Sud – où sont stationnés d’importants contingents américains –, Israël – allié indéfectible de Washington –, tout comme plusieurs pays d’Europe de l’Est. Face à eux : l’Inde, « grand frère » de Maurice, ainsi que l’Amérique latine et le bloc africain, uni contre « toute forme de colonisation », comme l’a souligné le représentant angolais. La Cour internationale de justice doit se saisir du dossier dans les prochaines semaines. Son avis reste non contraignant, mais, en cas d’entorse constatée au droit international, la Grande-Bretagne pourrait bien se rasseoir bientôt à la table des négociations. En position de faiblesse, cette fois.

Source: Jeune Afrique