Arnaque: Dans la peau d'un touriste au marché de Port-Louis

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Il y a quelques jours, une touriste révélait qu’elle avait payé Rs 8 000 pour un tatouage au mehendi, au marché central. Malgré les mises en garde et la présence de policiers, les arnaques dont sont victimes les touristes sont légion. Patrice, un Français, était en immersion pour nous, au marché de Port-Louis.




Vendredi matin 27 octobre, 10 heures. L’endroit grouille de monde. Les marchands de légumes ont la patate, les clients affluent.

Les brèdes, tomates, piments et autres giraumons ont fière allure. Dans cette partie du marché de Port-Louis, c’est le climat qui fait la pluie et le beau temps dans le portefeuille. Mais en face, c’est une toute autre histoire…

La partie réservée aux souvenirs est plus calme, il y a moins d’agitation. Les marchands attendent, ils font les cent pas. Dès qu’un client potentiel pointe le bout de son nez, on lui saute dessus.

Sur les étals ou accrochés à des cintres, des sachets d’épices, des vêtements comme on en voit dans les boutiques.

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Ici, les prix des épices, à Rs 300 le sachet, piquent le nez. Comptez Rs 600 pour huit petits paquets dans un panier quelque peu décoré. Le prix de dix gousses de vanille laisse un goût amer : Rs 1 000.

Son collègue nous fait un signe discret. Il propose cinq bâtonnets, de vanille toujours, à Rs 250.

Ou em mo premier client. Paraite ou ena ene bon la main, comme on dit chez nous. Ca pou porte nous chance...

Pourquoi une telle différence entre les prix ? Un marchand déclare:

Tou c ki nous fabriquer ici c'est avec la main. Goût la pli bon.

Direction le rayon vêtements. Et il y a de quoi y laisser son pantalon et son slip. Une chemise en lin coûte Rs 2 800 et le short qui va avec Rs 1 200, soit la bagatelle de Rs 4 000 pour les deux. Des négociations ardues plus tard, on tombe d’accord sur Rs 3 200. Oui, on nous fait encore une fleur parce qu’on est le premier client…

Il suffit de faire mine de tourner les talons pour que le prix baisse aussi vite que le niveau dans les robinets en été.

Pour les Mauriciens, la même chemise et le même short reviennent à Rs 750 (voir tableau comparatif ci-dessous).

Direction ensuite les stands de souvenir. Parmi les produits, les traditionnels T-shirts floqués de “Moris”, cocotiers et dodos. Pour s’en procurer il faut débourser Rs 750. Et Rs 800 pour un paréo ou encore Rs 500 pour un chapeau de paille. La faute à la qualité de l’impression.

L’impression générale, elle, se confirme. Ici, rentrer touriste, sorti misère. Mais, n’y a-t-il personne à la fin pour sauver les plumes des touristes et notre réputation par la même occasion ?

Varuna Runghen, secrétaire de la Market Traders Association, nous affirme:

Il y a des décisions qui ont été prises mais personne pour les appliquer. Par exemple, des amendes sont prévues pour les marchands qui pratiquent ces prix excessifs. Malheureusement, ni la police ni les inspecteurs de la municipalité n’effectuent de contrôle. Certes, une fois par semaine, il y a des “visites” au marché mais comme tout le monde le sait, cela ne sert pas à grand-chose. Sans parler des “rabatteurs” qui “harcèlent” les clients. Il est possible de les interdire du marché. Ils vont certes dire que c’est un endroit public et qu’ils ont le droit d’y être, mais lorsque leur liberté commence à affecter celle des autres, il faut prendre des sanctions.

En tout cas, les touristes ne ramènent pas que de bons souvenirs dans leurs bagages après une virée au marché central.