29 mars 2017: Le jour où le Royaume-Uni dit adieu à l’Europe

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Le Royaume-Uni va lancer ce mercredi 29 mars la procédure de sortie de l'UE, neuf mois après un référendum qui a divisé le pays et fragilisé le projet de construction européenne né sur les cendres de la Seconde Guerre mondiale.




La Première ministre britannique Theresa May sort du 10 Downing Street, le 29 mars 2017.

L'annonce du déclenchement de cette rupture inédite dans l'histoire de l'Union européenne, qui vient de fêter son soixantième anniversaire, sera faite par la Première ministre conservatrice Theresa May devant les députés du Parlement de Westminster à 12H30 (15H30 à Maurice). 

La lettre de divorce, signée mardi soir par Mme May, sera transmise au même moment au président du Conseil européen Donald Tusk par l'ambassadeur britannique à Bruxelles Tim Barrow. 

Ce dernier est arrivé peu avant 8H00 GMT (12H00 à Maurice) dans les bâtiments de l'institution européenne, en Jaguar, muni d'une sacoche noire élimée. Il devait assister à une réunion avec ses homologues des 27 avant de se rendre aux alentours de 11H20 GMT (15H20 à Maurice) au bureau de M. Tusk. 

Mardi soir, Downing Street a rendu publique une photo immortalisant le moment où Mme May a signé la lettre officielle qui va bouleverser le destin du Royaume-Uni et amputer l'UE d'un de ses membres les plus importants. 

La photo fait la Une de nombreux quotidiens mercredi. "L'Histoire nous regarde", titre The Times (conservateur), alors que The Guardian (gauche) redoute "un saut dans l'inconnu". 

"Chère UE, il est de temps de partir", semble regretter le Daily Mirror. Les tabloïds europhobes sont euphoriques. "Liberté!", titre le Daily Mail. "Dover and out", a inscrit le Sun sur les falaises blanches de Douvres.

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'Déjà des blocages'

L'article 50 du Traité de Lisbonne sera effectivement activé lorsque Donald Tusk aura la lettre en main. 

Son contenu est resté secret, Londres étant soucieux de préserver jusqu'à la dernière minute ses arguments de négociations d'un accord de sortie, qui doivent durer deux ans. Le 28 mars 2019, le Royaume-Uni larguera les amarres, soit près de trois ans après le référendum du 23 juin 2016 qui a voté la sortie à 52% des voix. 

Le calendrier des discussions apparaît cependant bien ambitieux aux yeux des analystes pour défaire des liens tissés pendant quatre décennies et au regard de la complexité des dossiers, qui porteront aussi bien sur la finance, le commerce que la gestion des frontières ou la coopération policière et judiciaire. 

"Le chantier est si vaste que deux ans seront bien insuffisants", estime Catherine Barnard, professeur de droit européen à l'université de Cambridge, soulignant "qu'à chaque pierre soulevée, d'autres apparaissent". 

Camino Mortera-Martinez, chercheuse au centre de réflexion londonien Centre for European Reform, juge également "très improbable" que les discussions soient bouclées en deux ans. 

D'autant qu'avant même leur démarrage "il y a déjà des blocages", constate Patricia Hogwood, professeur de politique européenne à l'université de Westminster, citant le sort des citoyens européens au Royaume-Uni, l'addition à payer pour la sortie ou l'accès au marché européen. 

Mme May refuse de garantir les droits des quelques trois millions de citoyens européens qui vivent au Royaume-Uni, alors que son principal objectif est de réduire l'immigration en provenance de l'UE. 

Et son ministre des Finances Philip Hammond a écarté le montant de l'addition de sortie en assurant mercredi sur la BBC que le gouvernement "ne reconnait pas les montants parfois très importants qui ont circulé à Bruxelles".  

Selon un haut responsable européen, la Commission européenne a évalué la note entre 55 et 60 milliards d'euros, au titre notamment des programmes pour lesquels le pays s'est déjà engagé.

'Alea jacta est'

Ces différends et la volonté de Bruxelles de signifier que le Royaume-Uni ne peut pas avoir de meilleur accord "en dehors qu'en dedans" de l'UE, pour éviter de donner des idées de sécession à d'autres pays, ouvre la perspective qu'il n'y ait pas d'accord du tout. 

Mme May assure que "pas d'accord vaut mieux qu'un mauvais accord". Mais pour les milieux économiques, ce serait le scénario du pire alors que le Royaume-Uni réalise la moitié de ses échanges avec l'UE. 

Pour le moment, l'économie se porte bien: la croissance du produit intérieur brut est restée solide à 1,8% en 2016 et pourrait atteindre 2% en 2017. Mais avec le déclenchement officiel du Brexit, les investissements pourraient se détourner du pays. 

Le président du Parlement européen, Antonio Tajani, a déclaré dans le quotidien Die Welt vouloir limiter les dégâts. "Alea jacta est, les dés sont jetés. Maintenant, nous devons limiter les dommages, mener les négociations (...) et conclure un accord sur les relations futures (avec Londres)". Mais "soyons clair : ce n'est pas la même chose d'être un pays membre de l'UE et être un Etat ami", a-t-il ajouté. 

Au plan intérieur, Mme May devra gérer le mécontentement des Britanniques qui ont voté contre le Brexit et dont certains promenaient mercredi son effigie en carton-pâte devant le Parlement pour dénoncer son manque d'écoute à leur égard. 

Plus au nord, l'Ecosse menace de faire sécession: son Parlement régional a voté mardi en faveur d'un nouveau référendum d'indépendance après celui de 2014, arguant que les Ecossais ont voté à 62% pour rester dans l'UE. 

Mais selon un sondage YouGov publié mercredi, 44% des Britanniques interrogés ne regrettent pas le Brexit (contre 43% qui le regrettent) tandis que seuls 21% veulent que le gouvernement fasse machine arrière.